Posted 11 January 2005 - 11:16
Les voitures hybrides, vedettes du salon de Detroit
Le salon de Detroit a ouvert ses portes, dimanche 9 janvier, pour une grande fête de l'automobile où les Américains tenteront de nouveau, à coup de grosses voitures ou de véhicules "verts", de redresser la barre face à des Asiatiques en pleine forme. Le salon rassemble jusqu'au 23 janvier dans le berceau de l'automobile américaine une soixantaine d'exposants, venus dévoiler à la presse puis au grand public quelque 65 modèles, allant des véhicules proches de la commercialisation aux concepts futuristes.
Les voitures hybrides sont en vedette cette année et suscitent les convoitises des constructeurs américains, qui ont toutefois un gros retard sur les Japonais, à la pointe de cette technologie d'avenir qui combine deux sortes de motorisations. Le marché n'en est encore qu'à ses balbutiements mais il a fait une entrée remarquée à Detroit, où la version hybride du 4 x 4 Escape de Ford a été élue "truck de l'année" par un jury de journalistes.
"Il y a clairement une demande allant bien au-delà de ce qui nous pensions", a souligné Stephen Lyons, le responsable de la division 4 x 4 du constructeur. Ford, qui prévoit de construire 20 000 Escape hybrides cette année, a du mal à suivre la demande. Pour M. Lyons, l'explication est simple : "c'est le premier 4 x 4 hybride. Vous avez tous les avantages des économies de la technologie hybride et du côté pratique du 4 x 4".
General Motors (GM), qui présentait un concept de 4 x 4 hybride lui aussi, travaille à de nouveaux véhicules, a assuré le PDG du groupe, Rick Wagoner, à l'ouverture du salon. Les constructeurs américains comptent ainsi prendre pied sur un marché encore confidentiel, mais qui pourrait devenir respectable dans les années à venir.
Thad Malesh, directeur de l'Automotive Technology Research Group, estime à une cinquantaine le nombre de modèles à motorisation hybride (carburant et électrique) sur le marché américain d'ici 2010. "Ils pourraient gagner une position minoritaire très importante, de l'ordre de 10 ou 20 % voire un peu plus" du marché, estime M. Malesh.
Déjà Toyota a vendu près de 54 000 Prius en 2004, soit plus de deux fois plus qu'en 2003. Cela reste une goutte d'eau par rapport aux 17 millions de véhicules vendus aux Etats-Unis, mais force est de constater que les listes d'attente pour ce modèle très "branché" s'allongent chez les concessionnaires.
LES GRANDS CONSTRUCTEURS SE PRÉPARENT
Effet de mode - avoir la même voiture que Cameron Diaz ou Leonardo DiCaprio - ou prise de conscience écologique ? La forte hausse des prix de l'essence a sans doute contribué à la poussée des véhicules hybrides, car "les gens commencent à penser à des solutions alternatives", assure M. Malesh. Mais les impératifs écologiques ont leurs limites. "Les gens veulent toujours acheter des gros 4 x 4, ils ne vont pas passer brusquement à leur petite voiture", selon l'analyste.
Or c'est le problème des motorisations hybrides, outre le prix qui reste encore sensiblement plus élevé malgré les incitations fiscales. Elles ont longtemps été associées à une faible puissance dans l'esprit des consommateurs, ce qui est un handicap de taille au pays des gros 4 x 4. Là aussi les choses changent : les Toyota Accord et Ford Escape, plus grosses, se rapprochent de ce que recherchent les consommateurs et les analystes leurs prédisent un franc succès. La grande question étant de savoir à quel rythme ce changement se fera.
"Les hybrides arrivent, mais il est difficile de dire si ce sera une hausse progressive ou un raz de marée. Ce qui est sûr, c'est que tous les grands constructeurs préparent une technologie hybride", souligne Lindsay Brooke de CSM Worldwide. Or les Américains ne sont pas en position de force face à leurs concurrents japonais. "Ils seront sans doute concurrentiels d'un point de vue technique, mais le gros problème c'est qu'ils arrivent très tard sur le marché", estime M. Malesh. "L'acheteur moyen se dit : "Toyota est sur le marché depuis dix ans et Ford vient juste d'arriver", et cela compte pour beaucoup d'entre eux", ajoute-t-il. "Cela va être difficile pour eux dans les 4 à 5 ans à venir".